CIDOC 2015
Comité International pour la Documentation
New Delhi, India
05.09.2015 - 10.09.2015
 
 
Documenter la Diversité – Collections, Catalogues & Contextes
   
 
 
 
Document d’information
 
 
Contenu et contexte de la Documentation du Patrimoine Culturel
 

Actuellement la Documentation du patrimoine culturel se focalise sur des cibles principales- objets, sites ou pratiques – qui se trouvent sous la garde des institutions de mémoire ou dans leur sphère d’intérêt. Outre la collection et la préservation de ces cibles principales, les institutions créent leurs représentations secondaires illustratives. Elles se bornent également à identifier des métadonnées descriptives et administratives associées aux cibles principales et leurs représentations secondaires.

 
1. Le Bit Bang- Naissance de l’univers numérique
 

Le transfert des informations de la génération précédente aux systèmes numériques, la nouvelle numérisation et description des objets de musée en se servant des schémas normalisés de métadonnées a donné naissance à de grands réservoirs de  ressources numériques. Un nombre croissant de ces ressources est rendu accessible au public à travers les portails institutionnels. Egalement des efforts sont en cours pour intégrer ces atouts créés distribués indépendamment aux portails nationaux, régionaux et dans une moindre mesure, des portails thématiques.

L’intégration est soutenue par des technologies de réseautage et des moyens communément admis afin d’unifier la forme et la structure des actifs numériques. L’interopérabilité des modèles conceptuels permet l’intégration uniforme de l’information des archives, bibliothèques, musées et recherche.

En même temps, grâce aux appareils portatifs personnels comme des smartphones et des tablettes le nombre de points d’accès à cette donnée devient pratiquement illimité. Nous constatons un Big Bang – ou plutôt un Bit Bang – qui aboutit à la naissance d’un univers numérique.

L’expansion de l’univers numérique ne s’est pas arrêtée mais elle continue grâce aux nouvelles ressources qui s’y ajoutent à tout moment par la numérisation et l’ingestion de nouveaux dossiers électroniques. L’avènement de l’environnement ubiquitaire du calcul, de l’intelligence ambiante et de l’acquisition automatisée de données jumelés avec une puissance de traitement croissante et la baisse du coût du stockage vont encore accélérer la vitesse de l’accumulation de données et l’expansion de l’espace informationnel.

 
2. La Technologie ne peut pas remplacer le cerveau humain
 

Les institutions du patrimoine culturel se trouvent confrontées à un double défi. Premièrement, ils doivent fournir un flot continu de données au domaine numérique. Cette activité a déjà un soutien financier puisqu’elle implique des processus relativement simples dont les résultats sont facilement prévisibles, et elle produit des résultats quantifiable par des chiffres élevés. Deuxièmement les institutions du patrimoine culturel ont un mandat, non seulement de fournir un accès aux objets originaux, leurs représentations et les métadonnées affiliées – elles doivent aussi rendre ces biens intelligibles. Intuitivement le public peut saisir la singularité ou la beauté d’un objet, mais seul un expert peut fournir un compte–rendu informé expliquant la valeur d’un objet, les différentes couches de sens que l’on peut y associer et les transformations de ces sens selon le contexte.

Quoique le traitement des représentations et des métadonnées soient bien soutenus financièrement, largement normalisés, et s’appuient sur des systèmes d’information et de gestion, la situation inverse prévaut lorsqu’il s’agit de fournir une signification et un contexte: le soutien financier est aléatoire, les pratiques ne sont pas standardisées et peu compatibles avec les systèmes d’information et de gestion. Aujourd’hui, l’accent est mis sur les contenants et non pas sur le contenu et le contexte.

Dans les institutions traitant du patrimoine culturel, ce déséquilibre n’est pas perçu comme étant problématique. Ces institutions se sont comportées de façon responsable et prévoyante lors de leurs premiers pas dans le monde numérique, en numérisant des sections  pertinentes de leurs ressources. Pourtant, il n’en reste pas moins qu’aujourd’hui, dans la majorité des cas, les services numériques proposent un régime très limité au public parce que les objets originaux sont généralement présentés sous forme d’ensembles de données simples, isolée du corpus de connaissance plus large, qui ne peut être fourni que par des spécialistes du sujet. Le Linked Data propose de nouveaux moyens d’accès, mais ne peut se substituer à la compréhension qui viendra uniquement du cerveau humain.

 
3. Reconnaître le besoin d’identifier une nouvelle façon d’avancer
 

Les institutions du patrimoine culturel soutenues par le monde universitaire ont permis d’aboutir à la situation actuelle, sans que nous semblions savoir comment continuer à avancer. Même si des voix individuelles s’élèvent ponctuellement, soulignant le besoin de renouveler fondamentalement l’idée de la documentation à l’époque numérique, ces voix sont noyées sous la multitude d’autres voix et de visions.

Les fonds publics sont focalisés sur la numérisation à grande échelle et la création de métadonnées numériques, mais ils ignorent le travail minutieux incontournable qu’impliquent l’analyse et la description détaillée d’objets uniques, qui permet d’inscrire cette analyse dans le contexte plus large des biographies, des périodes historiques et des thèmes.

Le mouvement pour le libre accès permet d’accéder à des ensembles importants de documentation qui peuvent enrichir l’information fournie dans les dépositoires de métadonnées. Une grande partie de cette information existe sous forme de documents PDF qui imitent la matière imprimée. Ainsi, cette information ne s’intègre pas facilement et sans encombre dans d’autres types de ressources numériques.

Des catalogues luxueux, contenant une information bien documentée sur le contexte sont souvent publiés lors des expositions, mais cette documentation n’est pas reprise par les services numériques.

La politique universitaire décourage la coopération avec les musées et les institutions du patrimoine culturel, parce que la reconnaissance et le mérite qui ouvrent la voie aux fonds, s’acquièrent surtout par la publication de monographies ou d’articles de revues qui passent par un nombre limité d’éditeurs reconnus.

On n’entend ni les demandes ni les protestations de la part du public étant donné la profusion d’alternatives attirantes - divertissement et commerce - qui lui sont proposées dans l’espace numérique. Les institutions du patrimoine culturel sont tout simplement contournées par ces situations de choix et sont surtout largement oubliées.

 
4. Construire des environnements médiatiques attirants pour le patrimoine       culturel
 

Quoique les institutions du patrimoine culturel devraient être, à juste titre, fières de leurs réussites au niveau du développement d’infrastructures et de services numériques, le danger de complaisance n’est jamais loin. Beaucoup de systèmes qui existent actuellement sont de fait des systèmes de traitement de données, qui ne fournissent que la matière brute de base qu’il faudrait enrichir par la suite dans une chaîne de valeur. L’interface utilisateur, ou un environnement médiatique attirant pour la culture est absente. On n’aide pas les chercheurs et les commissaires à développer les outils, à suivre des formations, à trouver le temps et les fonds pour pouvoir présenter une information détaillée dans un environnement numérique. La gouvernance publique n’a ni la conscience ni la vision pour se confronter à ces problèmes, ce qui est compréhensible, surtout dans l’absence de demandes de la part de la communauté impliquée dans le patrimoine culturel elle-même.

L’échelle de la tâche que représente le développement d’environnements médiatiques numériques attirants pour la culture, est telle que les institutions du patrimoine culturel ne peuvent y répondre seules. Il faut créer de nouveaux partenariats, et inventer des modèles de financement durables. On aurait besoin de relier les projets publics aux initiatives privées et bénévoles.

De nouveaux fonds n’apparaîtront pas de façon miraculeuse pour combler les lacunes qui existent déjà. Néanmoins, même dans le contexte de contraintes financières actuelles, une proportion plus importante des fonds pourrait être attribuée à un travail stratégique dans un cadre global, et ainsi permettre la création d’environnements médiatiques riches et attirants pour le patrimoine culturel qui traversent les frontières institutionnelles et nationales. Il faudrait déplacer le point focal du contenant vers le contenu et le contexte, de la technologie vers les bénéfices pour l’usager.

 
5. Dépasser les frontières et les mandats établis
 

À travers les siècles, les graines de la culture ont volé librement par-dessus les frontières, portées par la conquête militaire, la migration pacifique et le commerce. Elles ont traversé les montagnes, les déserts et les océans, pour s’enraciner dans des pays lointains. De nos jours l’informatique nous offre la possibilité de suivre les chemins de la culture et de rassembler les informations entreposées dans un éventail d’institutions à travers le monde. Pourtant, il faudrait dépasser de nombreux obstacles pour y arriver. Ceci demande que les gens se rencontrent, qu’une confiance se développe, que l’on parte à la découverte de nouveaux types et de nouvelles sources de financement et que nous dépassions les frontières linguistiques.

Les archives, les bibliothèques et les musées qui emmagasinent des trésors culturels, ont des mandats différents, des traditions professionnelles diverses et des façons différentes de conceptualiser les objets dont ils sont responsables. Tout en accomplissant leur propre mission, chacune de ces communautés est arrivée à des découvertes intellectuelles uniques qui pourraient s’appliquer à d’autres domaines. Avant de pouvoir intégrer, d’une façon significative, ces données provenant de sources hétérogènes, les gens des communautés différentes doivent se réunir et, tout en reconnaissant les différences des matériaux et d’orientations, et conscient du besoin de se tendre la main au-delà de leurs mandat établi, se diriger à petits pas vers une vision collective de la manière dont on pourrait soutenir la création d’images coordonnées et des paysages intellectuels construits à partir des fragments qu’ils détiennent.

 
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